Le discours de Mme Yvanne Eugene, marraine de la premiere promotion d'etudiants ayant recu la formation de L'Amicale des Juriste concernant l'Etat de droit


Monsieur le Président de L’Amicale des Juristes
Mesdames Messieurs les représentants de la Presse
Chers filleuls, chères filleules
Distingués invités,
Mesdames, Messieurs,

Je me demandais hier soir, que vais-je dire à un groupe de jeunes juristes qui vient de terminer une formation sur l’État de droit ?

Le temps de cette formation, avouons-le a été d’assez courte durée, intensif. Mais dans l’ensemble, nous devons souligner l’aspect qualitatif de cette expérience, profitable pour tous les participants, selon les résultats obtenus.  Vous avez tous réussi le test de compréhension. C’est louable. Mais avant toute chose, laissez-moi chers filleuls saluer votre courage et votre audace, à participer  à un séminaire de formation sur l’État de droit.

Malgré vos occupations ailleurs, car il faut vivre dans ce pays «  en marche vers un État de droit » pour paraphraser les sondés  de notre enquête, vivre dans ce pays qui ne vous laisse pas souvent le temps d’avoir le cœur à l’ouvrage, un pays qui vous bouscule sans pitié, je vous disais donc, malgré les turpitudes de la vie  quotidienne, c’est sans geindre que  vous avez choisi de venir ici pour écouter tel professeur, tel éminent juriste vous parler :
État de droit et politique
État de droit et Constitution
Etat de droit et fiscalité
Etat de droit et Éducation.
Vos efforts ne sont pas vains. Au bout du compte, vous avez tous un certificat. Vous le méritez bien, puisque vous avez fourni un travail appréciable pour l’obtenir. L’éducatrice que je suis, me demande de vous posez cette question : quid de l’après de cette formation ? Qu’allez-vous faire après avec le certificat. Un simple parchemin que vous allez ranger dans un coin parmi tant d’autres ? Si tel est le cas, c’est comme dire nou lave men nou e pi nou siye l a tè.  Je vous disais tout au début sur quoi vais-je entretenir mes filleuls.
C’est en repensant à vos travaux que j’ai compris vos souhaits pour qu’Haïti puisse  compter un jour parmi les sociétés où l’État de droit règne en maitre, un État de droit qui n’est pas un vain mot servi à toutes les sauces  de démagogues.
Comme le voulait l’Amicale des Juristes, la notion État de droit n’a pas été galvaudée. Vous l’avez bien comprise. Ma préoccupation maintenant est ce que vous allez en faire, vous chers filleuls ?
Pour qu’Haïti entre dans le concert des États dans lesquels, les Institutions sont souveraines et pérennes, il faut des hommes et des femmes sur lesquelles celles-ci posent leurs assises. Elles (les Institutions) se lèvent et restent debout fermement tant que des hommes et des femmes peuvent combattre pour les maintenir. Rien  ne pourra alors  les ébranler si la cause qu’elles desservent est juste. Tant que les Institutions garantissent le bien-être des membres de la société, aussi longtemps elles vivront.
En Haïti, pour établir un État de droit et le respect des droits humains, il faut le vouloir réellement tout un chacun. Il ne suffit  pas de le dire. Il faut travailler un plan pédagogique en ce qui nous concerne pour réussir l’établissement de cet État de droit dont nous rêvons tous. Il faut partir en croisade.
Il faut partir en croisade. C’est un bien grand mot, mais il traduit l’esprit du travail à faire si on veut qu’enfin l’ordre et  la justice règnent en Haïti. Aucun progrès n’est possible sans un ordre. Vous allez partir avec votre certificat en main. Cela ne doit pas s’arrêter là. Vous allez passez, vous, ce groupe qui vient de terminer le flambeau à un autre groupe qui viendra ici, comme vous,  prendre une formation. Mais vous ne sortez pas de la course. Vous allez applaudir et encourager d’autres à venir apprendre, comment fonctionne l’État de droit  et comment le rendre solide.
Nous avons besoin à l’Amicale des Juristes, de jeunes, de juristes, de légalistes, d’éducateurs pour vulgariser les principes de l’État de droit jusqu’à ce qu’ils deviennent des normes dans nos mœurs, dans notre vie quotidienne, des réflexes  envers le Droit dira-t-on.
Vous devriez investir  toutes les sphères du pouvoir afin de l’organiser et faire disparaitre le désordre structurel dans nos institutions. Car si les principes de l’État de droit vous interpellent jusqu’à vouloir  y adhérer par une formation spécifique en la matière, c’est que vous aviez compris déjà que le pays souffre d’un  mal organisationnel. En tant que juristes, hommes et femmes de loi, ceux-là que j’appelle « les techniciens du droit », vous devez particulièrement vous intéressez aux organisations municipales, les premières cellules organisées de la cité.
Comme ASEK ou CASEK, vous serez de grands administrateurs formés à l’école de l’État de droit et du respect des droits humains. C’est vous qui allez inculquer le respect des normes établies par la société.
Développez des reflexes vis-à-vis du droit, vis-à-vis des choses organisées. Développez des reflexes pour le respect de l’ordre établi. Pas de progrès sans un ordre établi. Nous attendons beaucoup de vous. Je vous souhaite, au nom de l’Amicale des Juristes et en mon nom propre, bonne chance et bonne besogne.

Maître René Julien : « une vie de droit »

 
Depuis tantôt 25 ans, Maître René Julien se verse corps et âme dans un combat pour l’établissement d’une société de Droit en Haïti. Au moment où l’arbitraire et l’irrespect des droits humains font loi, il a fondé une organisation dénommée «L’Amicale des juristes » en vue de secourir les plus faibles et pour contribuer à l’édification d’une société respectueuse de la loi. Pour l’année 2012, Maître Julien, par l’entremise de l’Amicale des Juristes, a fait œuvre qui vaille à travers un programme visant à former plus de dix mille jeunes dans le domaine de « l’Etat de droit ».

« Cela me fait un grand honneur d’être l’objet de cette marque d’attention de la part d’une institution comme Le Matin surtout à un moment où notre société d’aujourd’hui, contrairement à celle de jadis, a pris le malin plaisir à honorer des gens sans honneur ». C’est avec ces mots que Maître René Julien a commencé cette longue entrevue qu’on a eue avec lui après qu’il eut été choisi parmi les grandes personnalités qui, de manière positive, ont marqué l’année 2012.

Une vie au bénéfice des démunis

Né à Thomazeau le 21 octobre 1953, Maître René Julien est père de cinq enfants. Discipliné, respectueux des principes, il est un féru de Droit. Il est l’un des pionniers de l’initiation du concept de l’État de droit en Haïti. Le jeune René Julien a débuté ses études primaires dans sa ville natale avant de les poursuivre à Port-au-Prince au collège « Les Humanités » dirigé à l’époque par un grand nom de notre littérature, monsieur Franck Etienne.

Pour avoir été l’élève de Franck Etienne, René Julien nous dit avoir développé très tôt un goût pour la littérature. Mais, étant fils de la paysannerie qui veut être au service des paysans, son plus grand désir était de devenir agronome. Un jour, nous explique-t-il, son grand-père maternel qui l’a toujours suivi dans ses interventions, eut à lui dire ceci : « mon fils, tu n’as pas le talent d’un agronome. Pour toi, je préfère le Droit et je me donne le droit de le choisir pour toi ». Malgré ce choix de son grand-père Joseph Cyprien, après ses études secondaires il avait quand même postulé à la Faculté d’agronomie et de médecine vétérinaire.

Echoué au concours d’admission de ladite faculté, il a jeté son dévolu sur le Droit. Le jeune René est entré comme auditeur à la faculté de Droit. Après avoir passé six mois en tant qu’auditeur, épaté par les interventions de ses professeurs, notamment Gérard Gourgue et Grégoire Eugène, il a pris la décision de se faire régulièrement inscrire. En 1981, il a bouclé ses quatre ans d’études. L’ensemble de ses études, raconte-t-il, lui a coûté seulement 120 gourdes. Curieux, il a été vite se renseigner pour savoir pourquoi une étude en Droit était quasiment gratuite. C’est ainsi qu’il eut fini par se rendre compte que les frais de ses études ont été payés par les paysans à travers les taxes qu’ils ont versées. Devenu avocat, Me Julien s’est donc adonné à la cause des démunis notamment les gens de l’arrière pays.

René Julien : un militant légaliste

Maître René Julien s’est présenté comme un visionnaire, patriote et humaniste. Il travaille toujours dans l’objectif d’aider les plus faibles, mais ne transige jamais sur les principes de droit. Déjà très jeune, il a commencé à militer dans des organisations sociales.

Pour venir en aide à sa communauté, il a fondé une organisation dénommée »konbit nèg lakay » à Thomazeau. À chaque fois, dit-il, qu’il trouve une idée capable de faire avancer le projet de l’État de droit il crée un mouvement en vue de la concrétiser. Ainsi en 1997, de concert avec des amis, il a créé l’ADEBHA (l’Action démocratique pour bâtir Haïti),un mouvement sociopolitique qui allait se transformer en 2004 en un parti politique légaliste.

Déjà en février 1983, âgé de 30 ans, il a été élu député de la circonscription Thomazeau-Cornillon. Arrivé au Parlement haïtien tout n’était pas facile pour ce jeune député. Pour n’avoir pas approuvé la politique de Jean-Claude Duvalier, explique-t-il, il se retrouvait comme une brebis égarée à la chambre basse et en ce sens, il n’a pas pu donner les résultats escomptés. En 1986, après le départ de Duvalier, Me Julien a vite compris que la politique en Haïti était « quelque chose de bizarre qu’il fallait reléguer à l’arrière-plan. » Il a dû en conséquence se livrer aux travaux de son mémoire en vue de son accès à l’exercice de la profession d’avocat.

L’Amicale des Juristes: pour promouvoir un État de droit en Haïti

Dès son plus jeune âge, Maître René Julien nous avoue avoir compris l’importance du droit dans un pays comme Haïti. Aidé par ses amis en 1988, il a fondé l’Amicale des Juristes, une organisation dont l’objectif consiste à contribuer à l’établissement d’un véritable État de Droit en Haïti. Avec la mise en place de cette structure Me Julien dit opter pour la transformation du pays en État de droit en offrant un espace pour défendre la cause des démunis notamment les paysans. À cet effet, il a mis sur pied un programme d’assistance légale et judicaire dédié spécifiquement à cette catégorie sociale.

Toujours pour assurer la défense des marginalisés, René Julien est le premier juriste, si ce n’est le seul, à rédiger des ouvrages de Droit en Créole tels « yon pledwari pou respè libète moun », « Nan tribinal depè mwen se avoka tèt mwen », « twa wòch dife nan seksyon kominal », Eleksyon nan bonjan ti mamit, … ». Déjà en 1980, il avait initié pour la première fois en Haïti une émission sur le Droit dans les masses medias. Dénommée « Connaissance du droit », co-animée avec l’éminent avocat Constantin Mayard-Paul et diffusée sur la Télévision nationale, cette émission a connu un grand succès avec l’aide de plusieurs des grandes figures de l’avocature haïtienne de l’époque. Depuis tantôt 17 ans, il anime cette émission sur le droit (Onè respè pou la lwa) sur les ondes de Radio Vision 2000.

Avec la fondation de l’Amicale des Juristes, Maître Julien croit trouver la meilleure voie pour servir les causes des paysans. En ce sens, précise-t-il, cette organisation de droit a déjà sillonné presque toutes les sections communales du pays en vue de prêcher ce qu’il appelle « l’évangile du droit » à travers une vaste compagne d’éducation civique qui a été rendue possible grâce à une subvention des Américains.

Chemin faisant, l’Amicale des Juristes, explique l’homme de loi, a dû faire face aux forces obscurantistes de ce système rétrograde établi en Haïti depuis bien des années. Ainsi, les travaux de l’Amicale des Juristes ont été suspendus pendant un certain temps. Mais, dit-il, à la faveur de certains discours qui se propagent aujourd’hui dans la société haïtienne, l’Amicale des Juristes est revenue en force et semble avoir atteint sa vitesse de croisière pour traiter en Haïti des problèmesde droit avec une certaine modestie, afin de permettre au pays d’emprunter de façon irréversible le chemin de l’État de Droit.

L’État de Droit en Haïti: un véritable leurre

Maître René Julien croit que l’État de Droit tel que prôné aujourd’hui est un véritable leurre. Cet État de droit, dit-il, n’existe que dans les discours. Car, explique-t-il, pour parler de l’État de droit, trois conditions sont nécessaires à savoir : la garantie des droits humains, la mise en place d’un régime d’application de la loi et l’établissement d’un régime de citoyen. Maître Julien ne voit pas comment parler d’un État de droit en Haïti pendant que la majorité de la population est analphabète et vit dans une misère noire. En ce sens, dit-il, avec une société en parfaite déliquescence et un État délinquant, il n’y a pas lieu de parler d’une société de droit voire un État de droit.

Une enquête réalisée par l’Amicale des Juristes en 2011, auprès de 618 professionnelles de toutes catégories confondues pour voir comment les haïtiens comprennent le sens de l’État de droit, a montré que la société haïtienne devance les pouvoirs de l’État en termes de compréhension sur l’État de droit. La majorité des sondés ont répondu que nous sommes en route pour un État de droit, mais nous n’y sommes pas encore.

Pour édifier un véritable État de droit, Maître Julien croit qu’il est important de résoudre les problèmes de l’état civil. Ainsi une enquête menée auprès de 2000 fonctionnaires (Casec, Asec, maire, Officier d’état civil…) a permis aux responsables de l’Amicale de juristes d’élaborer un projet sur l’état civil dont le coût de réalisation s’élèvera à 6 millions dollars américains. Avec ce projet, le patron de l’Amicale des Juristes croit pouvoir résoudre définitivement le problème de l’état civil en Haïti. Mais jusqu’à présent, dit-il, ledit projet reste dans les tiroirs en dépit des démarches effectuées auprès des autorités gouvernementales.

Dans le cadre de la mise en place de ce projet, une formation a été donnée à 20 jeunes étudiants sur l’État de droit. Du 4 octobre au 5 décembre 2012 les étudiants ont reçu une formation répartie en plusieurs thématiques telles les droits humains considérés comme le premier palier de l’État de droit, la citoyenneté et d’autres concepts liés à l’État de droit.

Son rêve le plus cher : devenir le président de la République

« Au moment où je vous parle, le rêve qui me chicane c’est de devenir le président de la République pour relever tous les défis qu’on n’a pas pu relever il y a deux cents ans d’histoire », fulmine Me René Julien, avant de s’indigner du fait qu’en Haïti, qu’il soit plus facile pour un chameau de passer dans le chas d’une aiguille que d’avoir un honnête homme de sa trempe, loyal et intégral au pouvoir. Malgré tout Maître Julien ne se laisse pas emporter par le découragement. « Chaque jour je rêve de devenir président de la République pour renverser ce système rétrograde et changer les conditions de vie des haïtiens » nous dit-il, d‘un ton courageux.

À son avis, ce système qu’il qualifie de rétrograde lui fait beaucoup de mal. D’ailleurs, dit-il, il n’a pas pu militer comme avocat parce qu’il n’aime pas la façon dont fonctionne la justice haïtienne. Tout le système est corrompu, dit-il.

En bon nationaliste, il a beaucoup lutté pour changer la tendance. Poussé par cette volonté de changement, il s’est porté, à deux reprises, candidat à la présidence en 1995 et 2006. Maître Julien n’est pas toutefois obsédé par le pouvoir. Il se dit prêt à accompagner n’importe quelle personne, pourvu que cette dernière soit en mesure de relever les défis et de travailler de façon à édifier un véritable État de droit en Haïti.
 
Noclès Débréus
Un pas géant vers le renversement du système

Du 4 octobre au 5 décembre 2012, en guise d’un projet pilote, L’Amicale des Juristes a organisé au profit d’une vingtaine d’étudiants d’horizons divers une formation intensive sur la notion « Etat de droit » et les concepts qui y sont liés tels que : Droits humains, Citoyenneté, Constitution, Etat.

A l’issue de cette formation, une épreuve écrite sous forme de concours a permis d’évaluer les participants. Le résultat est ce qui suit :

 
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